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PROGRESSIVE, PUISSANTE, RAPIDE : APPRENEZ À PARLER CANNE !

L’action d’une canne est toujours source de discussions au vocabulaire riche, mais trop souvent incompris ou mal utilisé. Si on ajoute à cela une bonne dose de marketing, le pêcheur est perdu.

Avant d’aller plus loin, soyons clairs : on ne prétend pas détenir le savoir du champ lexical des cannes à pêche. Les termes utilisés ici, sont empruntés pour poser les bases. On ne fait que reprendre ce vocabulaire pour le mettre entre toutes les mains.

Notre ambition, elle se trouve ailleurs : généraliser ces mots, les diffuser, faire en sorte qu’un pêcheur en Ariège, un revendeur sur le Gave et un passionné des rivières jurassiennes devant son étau parlent tous le même langage quand il est question de cannes. Et surtout, apporter un peu d’objectivité dans un domaine où la comparaison entre deux cannes tourne souvent au ressenti pur, voire au débat de comptoir.

Avec un vocabulaire commun et des repères partagés, on peut enfin comparer deux blanks sur les mêmes bases, sans s’en remettre uniquement au “elle a une belle action”. Parce que mieux nommer les choses, c’est mieux les comprendre. Et affiner sa compréhension c’est mieux apprécier la conception d’une canne.

Les informations fournies par les fabricants étant souvent peu parlantes (action rapide, progressive, parabolique, rapide progressive, fast mais souple, extra-fast,…etc), il semble opportun de mettre en œuvre des tests scientifiques de façon à obtenir des informations chiffrées objectives.

La méthode Common Cents System (CCS) a été mise au point dans ce but par le Dr William « Bill » Hanneman et publiée dans le magazine américain RodMaker Magazine au début des années 2000. C’est ce protocole qui est utilisé pour les tests de cannes effectués par le magazine en ligne Truites & Cie et que nous reprenons.

L’approche du CCS permet de caractériser simplement et objectivement l’action, la puissance et la réactivité d’une canne et ainsi d’effectuer des comparaisons informatives entre différents modèles. Nous n’allons pas ici décrire le protocole en détail, car ce serait extrêmement long, mais nous allons tout de même en expliquer les grands principes et surtout définir le vocabulaire utilisé.

PRINCIPE GÉNÉRAL

Une canne à pêche se caractérise par 5 paramètres principaux mesurables :

  • Sa longueur
  • Son poids
  • Son action
  • Sa puissance
  • Sa réactivité

Les deux premiers sont facilement mesurables moyennant un modeste équipement (un mètre et une balance) mais pour les trois derniers, c’est un peu plus compliqué…

D’autres paramètres, comme la sensibilité, sont difficilement quantifiables et paraissent donc souvent subjectifs.

Le postulat de départ du CCS stipule qu’une canne est chargée lorsque, fixée par sa poignée sur un support horizontal, son scion s’est déplacé verticalement vers le bas d’un tiers de la longueur totale.

La puissance de la canne (Intrinsic Power) correspond alors à la masse nécessaire pour effectuer ce déplacement.

De plus, la canne étant chargée de la sorte, l’angle formé par le scion et l’axe horizontal (Action Angle) permettra d’en déterminer l’action.

La réactivité, appelée fréquence (Frequency) dans le système CCS, est la faculté de la canne à osciller plus ou moins vite lorsqu’elle est en charge. Par exemple, lorsqu’on lui fait exécuter le fameux « 10h – 13h » pour dérouler une soie dans les airs.

Mais au fait… Pourquoi diable cette méthode s’appelle donc Common Cents System ? Et bien tout simplement parce que le Dr Hanneman a trouvé pratique d’utiliser des pièces de un Cents américain comme unité de poids pour charger les cannes.

Pour en savoir plus sur le Common Cents System : 

VOCABULAIRE ET UNITÉS

LA PUISSANCE :

La puissance d’une canne à mouche est exprimée habituellement par le numéro de soie AFTMA capable de charger totalement la canne (plus la soie est lourde, plus son numéro augmente) : dans le CCS, la puissance est déterminée en chargeant la canne à l’aide de Cents, puis une table de conversion permet de convertir le nombre de pièces utilisées en une valeur appelée Effective Rod Number (ENR). L’ERN sera considéré comme le numéro de soie AFTMA moyen idéal pour cette canne.

Mais contrairement à ce que peut écrire un fabriquant sur une canne pour indiquer sa puissance (un numéro de soie), l’ERN n’est pas une valeur entière. Une canne ayant un ERN de 5.8 sera considérée comme une « soie de 5 », tout en sachant qu’elle sera très proche d’une « soie de 6 » d’ERN 6,2 par exemple.

L’ACTION :

L’action d’une canne à mouche dépend de sa méthode de conception et ainsi des capacités de flexion relatives de ses différentes sections (talon, intermédiaire, scion). On rencontre généralement 3 types d’actions pour les cannes mouches :

  • Si la flexion s’exerce sur toute la longueur, l’action est considérée lente (Slow en anglais).
  • Si la flexion s’exerce principalement sur la moitié supérieure de la canne, l’action est considérée comme modérée (Moderate en anglais).
  • Si la flexion s’exerce principalement dans le tiers supérieur, l’action est considérée comme rapide (Fast en anglais)

Cependant, le CCS classe les actions de cannes en 4 catégories qui sont déterminées par la valeur de l’angle que forme l’extrémité du scion chargé par rapport à sa position initiale au repos (non chargé). Plus l’angle sera important et plus l’action sera dite « rapide » ou « fast ». Au contraire, plus cet angle sera faible et plus l’action sera dite « lente » ou « slow ».

action canne mouche

Cette valeur est nommée Action Angle (AA) et les tranches retenues sont :

  • Moins de 59° : Slow
  • Entre 59 et 63° : Moderate
  • Entre 64 et 66° : Mod-Fast
  • Plus de 66° : Fast

LA FRÉQUENCE :

La fréquence (CCF, pour Common Cents Frequency) d’une canne correspond au nombre d’oscillations par minute que le scion effectue lorsqu’il est chargé d’une certaine masse prévue par le protocole. Elle dépend étroitement de la longueur de la canne et du poids de la masse fixée à son extrémité, mais aussi des matériaux utilisés dans la fabrication de la canne.

On serait ici tenté de dire qu’une canne qui effectue en grand nombre d’oscillations par minute sera « rapide ». Surtout pas ! Car les termes « rapide » ou « lent » sont réservés à la caractérisation de l’Action. On devra se contenter de considérer la valeur du CCF et de parler de fréquence élevée ou basse.

Une valeur de CCF élevée correspond à une canne très réactive, qui demandera un tempo rapide lors des mouvements de fouet. A l’inverse, une canne de fréquence faible demandera un tempo plus lent.

Et le poids alors ?

En effet, le CCS ne tient pas compte du poids. Du moins pas directement. Le poids de la canne va en partie influencer la valeur du CCF (un scion plus lourd va diminuer la fréquence), mais un surplus de poids du côté de la poignée n’aura aucune influence notable sur les indicateurs du CCS.

Pourtant, le poids d’une canne et l’équilibre d’un ensemble canne/moulinet qui en découle sont considérés par beaucoup comme des critères de choix majeurs au moment de l’achat. Au bout d’une longue journée de pêche, que ce soit canne haute en nymphe au fil ou en fouettant en sèche, la fatigue ressentie par le pêcheur sera directement dépendante du poids et de l’équilibre de l’ensemble.

Pour chaque canne testée, nous préciserons bien évidemment son poids réel, mais nous avons également choisi d’introduire deux indicateurs supplémentaires :

– le Poids du Moulinet à l’Équilibre (PME) : il s’agit du poids du moulinet rempli qui permet de mettre l’ensemble à l’équilibre tout en haut du liège de la poignée, là où théoriquement va venir se poser l’index du pêcheur.

– le Poids Total à l’Equilibre (PTE) : c’est tout simplement l’addition du poids de la canne et du PME. Ce poids est donc celui d’un ensemble que nous considérons comme « équilibré ».

Le PTE est particulièrement informatif pour les cannes nymphes supérieures à 10′ car cette notion d’équilibre devient critique pour ces longueurs importantes et impacte particulièrement le confort de pêche. Ce paramètre est beaucoup plus informatif que le poids de la canne seule. En effet, les différences de poids entre deux cannes sont généralement de l’ordre de quelques grammes… alors que les différences de poids de PTE atteignent plusieurs dizaines de grammes !

Évidemment, ces mesures conditionnent le choix du moulinet que requiert votre canne pour être équilibrée.

PROTOCOLE DE TEST :

Common cents system
  1. Chargement de la canne :

La canne est fixée horizontalement par la poignée (environ 30cm) sur un support fixe. L’horizontalité de la canne est vérifiée à l’aide d’un niveau à bulle et un sachet plastique est suspendu au niveau de l’anneau de tête grâce à un trombone (le poids de l’ensemble sera négligé).

Le sachet plastique est alors rempli avec des pièces de 1 Cent de façon à faire descendre l’extrémité du scion d’un tiers de la longueur totale de la canne.

Exemple : pour une canne de 9 pieds (274cm), ajouter un poids dans le sachet de telle sorte que l’extrémité du scion parcourt 91cm (274/3) verticalement. La canne sera alors considérée « chargée ».

2. Détermination de la puissance (ERN) :

Le nombre de pièces de 1 Cents présent alors dans le sac est appelé Intrinsic Power (IP). Grâce à la de Rosetta Stone, cette valeur est convertie en ERN, c’est à dire le numéro de soie idéal. Vous pourrez consulter cette table de conversion ici

Exemple : si le sachet contient 31 pièces, l’ERN a une valeur de 3,57. Le numéro de soie idéal pour la canne est donc 3.

3. Détermination de l’action (AA) :

Avant de mettre la canne en charge, une longue tige ultra-légère est fixée à l’extrémité du scion (un demi spaghetti non cuit est l’outil idéal pour cela). L’angle AA est lu grâce au rapporteur spécifique « analyseur d’action » placé derrière la canne de telle sorte que la ligne de base soit horizontale (vérification par un niveau à bulle) et que l’extrémité de la tige fixée à la canne passe par l’origine du rapporteur. Nous avons fait le choix de lire l’angle en ajoutant informatiquement une tangente au scion, comme sur la photo suivante :

4. Détermination de la fréquence (CCF) :

La canne étant fixée fermement par la poignée à l’horizontale, on fixe un poids à l’extrémité du scion, juste avant l’anneau de tête,. Ce poids est défini par le CCS en fonction de l’ERN calculé précédemment. Le poids du ruban adhésif nécessaire à la fixation est négligé. La canne est alors de nouveau mise en charge manuellement et le scion est brusquement libéré de la contrainte. Il se met alors à osciller verticalement de haut en bas. La scène est filmée, ce qui permet à posteriori de déterminer avec une très grande précision le temps T (en secondes) nécessaire pour effectuer 20 oscillations.

Le CCF est alors calculé grâce à la formule suivante :

CCF = 1200 / T

Common cents frequency

Le poids fixé est exprimé en grains, 1 grain = 0,0647989 gramme

5. Détermination du poids du moulinet à l’équilibre (PME) et du poids total à l’équilibre (PTE) :

Un moulinet très léger est monté sur la canne et un sachet plastique y est fixé. Le sachet est rempli progressivement jusqu’à ce que l’ensemble tienne en équilibre en dessous de l’extrémité du liège de la poignée, là où le pêcheur tient normalement la canne en action de pêche.

Le PME correspond au poids du sachet additionné à celui du moulinet et le PTE correspond à la somme du poids de la canne et du PME.

Note « confort de pêche » :

Elle est basée sur le PTE. Chaque canne se verra attribuer une note sur 10. Cette note est basée sur l’écart entre le PTE mesuré et un PTE optimal calculé à partir d’un modèle mathématique. Plus le PTE mesuré est proche du PTE optimal, meilleure sera la note. Plus le PTE mesuré est éloigné du PTE optimal, plus la note sera faible.

Romain Chetaneau, Ingénieur en aéronautique, nous décrit le modèle qu’il a mis au point pour Truites & Cie :

« La modélisation mathématique a été permise par l’étude du jeu de données composé d’un ensemble de cannes définies par trois caractéristiques propres que sont la longueur, l’Intrinsic Power (IP) et le poids total à l’équilibre (PTE). Ce système à 3 dimensions, une par caractéristique, fait apparaître deux tendances d’évolutions du PTE suivant les augmentations de la longueur et de l’IP. Ces deux courbes d’évolutions, tracées en deux dimensions dans des plans orthogonaux, permettent de définir une surface tridimensionnelle. La surface ainsi générée donne une représentation « de l’évolution idéale » du PTE. Cette représentation est amenée à évoluer et à s’affiner à chaque fois qu’une nouvelle canne sera ajoutée au jeu de données, mais également en faisant évoluer la méthode de calcul et les hypothèses pour rechercher sans cesse la représentation la plus réaliste possible. »

protocole CCS

En plus de ces indicateurs « calculés », nous fournirons des indicateurs simples tels que le poids réel de la canne, son nombre d’anneaux, le type de porte moulinet, la distance du premier anneau ou encore le nombre de brins.

Distance du premier anneau :

Mesurée à partir de l’extrémité de la poignée, la distance séparant la poignée du premier anneau influence grandement la formation d’un ventre dans la soie, notamment lorsqu’on pêche canne haute à la nymphe. Évidemment, plus cette distance est importante, plus la soie a tendance à redescendre dans les anneaux. Au contraire, une faible distance est beaucoup plus confortable en action de pêche car elle facilite la récupération de l’excédent de bannière, en nymphe au fil par exemple.

Design, composants, finition :

Le look (finition, type de déco), les composants (anneaux, porte moulinet, liège,…) et diverses caractéristiques (dimensions de la poignée, talon de combat) de chaque modèle seront décrits de façon concrète et objective. Une attention particulière sera accordée au porte moulinet : ceux dont l’écrou de serrage se situe au dessus du moulinet confère un meilleur équilibre à la canne une fois montée.

Les indices mis en avant sur Truite & Cie lors de leur comparatif

Pour chaque canne passée au banc de test de Truites & Cie, les résultats seront présentés sous forme d’un tableau contenant les données suivantes :

  • Marque
  • Modèle
  • Longueur annoncée
  • Longueur réelle
  • Nombre de brins
  • Nombre d’anneaux
  • Distance du premier anneau
  • Type de porte moulinet
  • Talon de combat
  • Dimensions de la poignée
  • Poids annoncé
  • Poids mesuré
  • PME : le Poids du Moulinet à l’Equilibre
  • PTE : le Poids Total à l’Equilibre
  • IP : la puissance mesurée, abréviation de Intrinsic Power, exprimée en nombre de Cents
  • ERN : l’Effective Rod Number
  • AA : Action Angle, l’action mesurée
  • CCF : la fréquence mesurée

Chez Native, nous nous efforçons d’apporter le plus d’informations possible sur chacune de nos cannes — parce que nous estimons qu’un pêcheur bien renseigné, c’est un pêcheur qui fait le bon choix. Ce protocole, nous nous en servons au quotidien pour évaluer aussi bien nos cannes toc-nymphe que nos cannes à mouche, et les mettre sur la même grille de lecture. C’est exactement pour cela que nous avons créé ce comparatif sur le site :

Cannes Toc-Nymphe

Vous y retrouverez toutes nos cannes mises côte à côte, avec les mêmes critères, les mêmes mots, les mêmes repères.

Nous en avons conscience, cet article est très théorique — peut-être même un peu rébarbatif par moments. Mais maintenant que les notions sont posées et que nous parlons tous le même langage, nous allons pouvoir revenir à du beaucoup plus concret dans les prochains articles : sensations, situations de pêche, choix du matériel selon la rivière, retours du terrain. Bref, tout ce qui fait qu’une canne devient vraiment la vôtre.

À très vite au bord de l’eau.


Pour en savoir plus sur le Common Cents System :

Le site officiel (en anglais) qui présente l’intégralité du protocole :

http://www.common-cents.info

Un article complémentaire du Dr William Hanneman :

http://www.sexyloops.co.uk/iB_html/uploads/post-13-97034-CommonCents_Oct07.doc