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PROGRESSIVE, PUISSANTE, RAPIDE : APPRENEZ À PARLER CANNE !

L’action d’une canne est toujours source de discussions au vocabulaire riche, mais trop souvent incompris ou mal utilisé. Si on ajoute à cela une bonne dose de marketing, le pêcheur est perdu.

Avant d’aller plus loin, soyons clairs : on ne prétend pas détenir le savoir du champ lexical des cannes à pêche. Les termes utilisés ici, sont empruntés pour poser les bases. On ne fait que reprendre ce vocabulaire pour le mettre entre toutes les mains.

Notre ambition, elle se trouve ailleurs : généraliser ces mots, les diffuser, faire en sorte qu’un pêcheur en Ariège, un revendeur sur le Gave et un passionné des rivières jurassiennes devant son étau parlent tous le même langage quand il est question de cannes. Et surtout, apporter un peu d’objectivité dans un domaine où la comparaison entre deux cannes tourne souvent au ressenti pur, voire au débat de comptoir.

Avec un vocabulaire commun et des repères partagés, on peut enfin comparer deux blanks sur les mêmes bases, sans s’en remettre uniquement au “elle a une belle action”. Parce que mieux nommer les choses, c’est mieux les comprendre. Et affiner sa compréhension c’est mieux apprécier la conception d’une canne.

Les informations fournies par les fabricants étant souvent peu parlantes (action rapide, progressive, parabolique, rapide progressive, fast mais souple, extra-fast,…etc), il semble opportun de mettre en œuvre des tests scientifiques de façon à obtenir des informations chiffrées objectives.

La méthode Common Cents System (CCS) a été mise au point dans ce but par le Dr William « Bill » Hanneman et publiée dans le magazine américain RodMaker Magazine au début des années 2000. C’est ce protocole qui est utilisé pour les tests de cannes effectués par le magazine en ligne Truites & Cie et que nous reprenons.

L’approche du CCS permet de caractériser simplement et objectivement l’action, la puissance et la réactivité d’une canne et ainsi d’effectuer des comparaisons informatives entre différents modèles. Nous n’allons pas ici décrire le protocole en détail, car ce serait extrêmement long, mais nous allons tout de même en expliquer les grands principes et surtout définir le vocabulaire utilisé.

PRINCIPE GÉNÉRAL

Une canne à pêche se caractérise par 5 paramètres principaux mesurables :

  • Sa longueur
  • Son poids
  • Son action
  • Sa puissance
  • Sa réactivité

Les deux premiers sont facilement mesurables moyennant un modeste équipement (un mètre et une balance) mais pour les trois derniers, c’est un peu plus compliqué…

D’autres paramètres, comme la sensibilité, sont difficilement quantifiables et paraissent donc souvent subjectifs.

Le postulat de départ du CCS stipule qu’une canne est chargée lorsque, fixée par sa poignée sur un support horizontal, son scion s’est déplacé verticalement vers le bas d’un tiers de la longueur totale.

La puissance de la canne (Intrinsic Power) correspond alors à la masse nécessaire pour effectuer ce déplacement.

De plus, la canne étant chargée de la sorte, l’angle formé par le scion et l’axe horizontal (Action Angle) permettra d’en déterminer l’action.

La réactivité, appelée fréquence (Frequency) dans le système CCS, est la faculté de la canne à osciller plus ou moins vite lorsqu’elle est en charge. Par exemple, lorsqu’on lui fait exécuter le fameux « 10h – 13h » pour dérouler une soie dans les airs.

Mais au fait… Pourquoi diable cette méthode s’appelle donc Common Cents System ? Et bien tout simplement parce que le Dr Hanneman a trouvé pratique d’utiliser des pièces de un Cents américain comme unité de poids pour charger les cannes.

Pour en savoir plus sur le Common Cents System : 

VOCABULAIRE ET UNITÉS

LA PUISSANCE :

La puissance d’une canne à mouche est exprimée habituellement par le numéro de soie AFTMA capable de charger totalement la canne (plus la soie est lourde, plus son numéro augmente) : dans le CCS, la puissance est déterminée en chargeant la canne à l’aide de Cents, puis une table de conversion permet de convertir le nombre de pièces utilisées en une valeur appelée Effective Rod Number (ENR). L’ERN sera considéré comme le numéro de soie AFTMA moyen idéal pour cette canne.

Mais contrairement à ce que peut écrire un fabriquant sur une canne pour indiquer sa puissance (un numéro de soie), l’ERN n’est pas une valeur entière. Une canne ayant un ERN de 5.8 sera considérée comme une « soie de 5 », tout en sachant qu’elle sera très proche d’une « soie de 6 » d’ERN 6,2 par exemple.

L’ACTION :

L’action d’une canne à mouche dépend de sa méthode de conception et ainsi des capacités de flexion relatives de ses différentes sections (talon, intermédiaire, scion). On rencontre généralement 3 types d’actions pour les cannes mouches :

  • Si la flexion s’exerce sur toute la longueur, l’action est considérée lente (Slow en anglais).
  • Si la flexion s’exerce principalement sur la moitié supérieure de la canne, l’action est considérée comme modérée (Moderate en anglais).
  • Si la flexion s’exerce principalement dans le tiers supérieur, l’action est considérée comme rapide (Fast en anglais)

Cependant, le CCS classe les actions de cannes en 4 catégories qui sont déterminées par la valeur de l’angle que forme l’extrémité du scion chargé par rapport à sa position initiale au repos (non chargé). Plus l’angle sera important et plus l’action sera dite « rapide » ou « fast ». Au contraire, plus cet angle sera faible et plus l’action sera dite « lente » ou « slow ».

action canne mouche

Cette valeur est nommée Action Angle (AA) et les tranches retenues sont :

  • Moins de 59° : Slow
  • Entre 59 et 63° : Moderate
  • Entre 64 et 66° : Mod-Fast
  • Plus de 66° : Fast

LA FRÉQUENCE :

La fréquence (CCF, pour Common Cents Frequency) d’une canne correspond au nombre d’oscillations par minute que le scion effectue lorsqu’il est chargé d’une certaine masse prévue par le protocole. Elle dépend étroitement de la longueur de la canne et du poids de la masse fixée à son extrémité, mais aussi des matériaux utilisés dans la fabrication de la canne.

On serait ici tenté de dire qu’une canne qui effectue en grand nombre d’oscillations par minute sera « rapide ». Surtout pas ! Car les termes « rapide » ou « lent » sont réservés à la caractérisation de l’Action. On devra se contenter de considérer la valeur du CCF et de parler de fréquence élevée ou basse.

Une valeur de CCF élevée correspond à une canne très réactive, qui demandera un tempo rapide lors des mouvements de fouet. A l’inverse, une canne de fréquence faible demandera un tempo plus lent.

Et le poids alors ?

En effet, le CCS ne tient pas compte du poids. Du moins pas directement. Le poids de la canne va en partie influencer la valeur du CCF (un scion plus lourd va diminuer la fréquence), mais un surplus de poids du côté de la poignée n’aura aucune influence notable sur les indicateurs du CCS.

Pourtant, le poids d’une canne et l’équilibre d’un ensemble canne/moulinet qui en découle sont considérés par beaucoup comme des critères de choix majeurs au moment de l’achat. Au bout d’une longue journée de pêche, que ce soit canne haute en nymphe au fil ou en fouettant en sèche, la fatigue ressentie par le pêcheur sera directement dépendante du poids et de l’équilibre de l’ensemble.

Pour chaque canne testée, nous préciserons bien évidemment son poids réel, mais nous avons également choisi d’introduire deux indicateurs supplémentaires :

– le Poids du Moulinet à l’Équilibre (PME) : il s’agit du poids du moulinet rempli qui permet de mettre l’ensemble à l’équilibre tout en haut du liège de la poignée, là où théoriquement va venir se poser l’index du pêcheur.

– le Poids Total à l’Equilibre (PTE) : c’est tout simplement l’addition du poids de la canne et du PME. Ce poids est donc celui d’un ensemble que nous considérons comme « équilibré ».

Le PTE est particulièrement informatif pour les cannes nymphes supérieures à 10′ car cette notion d’équilibre devient critique pour ces longueurs importantes et impacte particulièrement le confort de pêche. Ce paramètre est beaucoup plus informatif que le poids de la canne seule. En effet, les différences de poids entre deux cannes sont généralement de l’ordre de quelques grammes… alors que les différences de poids de PTE atteignent plusieurs dizaines de grammes !

Évidemment, ces mesures conditionnent le choix du moulinet que requiert votre canne pour être équilibrée.

PROTOCOLE DE TEST :

Common cents system
  1. Chargement de la canne :

La canne est fixée horizontalement par la poignée (environ 30cm) sur un support fixe. L’horizontalité de la canne est vérifiée à l’aide d’un niveau à bulle et un sachet plastique est suspendu au niveau de l’anneau de tête grâce à un trombone (le poids de l’ensemble sera négligé).

Le sachet plastique est alors rempli avec des pièces de 1 Cent de façon à faire descendre l’extrémité du scion d’un tiers de la longueur totale de la canne.

Exemple : pour une canne de 9 pieds (274cm), ajouter un poids dans le sachet de telle sorte que l’extrémité du scion parcourt 91cm (274/3) verticalement. La canne sera alors considérée « chargée ».

2. Détermination de la puissance (ERN) :

Le nombre de pièces de 1 Cents présent alors dans le sac est appelé Intrinsic Power (IP). Grâce à la de Rosetta Stone, cette valeur est convertie en ERN, c’est à dire le numéro de soie idéal. Vous pourrez consulter cette table de conversion ici

Exemple : si le sachet contient 31 pièces, l’ERN a une valeur de 3,57. Le numéro de soie idéal pour la canne est donc 3.

3. Détermination de l’action (AA) :

Avant de mettre la canne en charge, une longue tige ultra-légère est fixée à l’extrémité du scion (un demi spaghetti non cuit est l’outil idéal pour cela). L’angle AA est lu grâce au rapporteur spécifique « analyseur d’action » placé derrière la canne de telle sorte que la ligne de base soit horizontale (vérification par un niveau à bulle) et que l’extrémité de la tige fixée à la canne passe par l’origine du rapporteur. Nous avons fait le choix de lire l’angle en ajoutant informatiquement une tangente au scion, comme sur la photo suivante :

4. Détermination de la fréquence (CCF) :

La canne étant fixée fermement par la poignée à l’horizontale, on fixe un poids à l’extrémité du scion, juste avant l’anneau de tête,. Ce poids est défini par le CCS en fonction de l’ERN calculé précédemment. Le poids du ruban adhésif nécessaire à la fixation est négligé. La canne est alors de nouveau mise en charge manuellement et le scion est brusquement libéré de la contrainte. Il se met alors à osciller verticalement de haut en bas. La scène est filmée, ce qui permet à posteriori de déterminer avec une très grande précision le temps T (en secondes) nécessaire pour effectuer 20 oscillations.

Le CCF est alors calculé grâce à la formule suivante :

CCF = 1200 / T

Common cents frequency

Le poids fixé est exprimé en grains, 1 grain = 0,0647989 gramme

5. Détermination du poids du moulinet à l’équilibre (PME) et du poids total à l’équilibre (PTE) :

Un moulinet très léger est monté sur la canne et un sachet plastique y est fixé. Le sachet est rempli progressivement jusqu’à ce que l’ensemble tienne en équilibre en dessous de l’extrémité du liège de la poignée, là où le pêcheur tient normalement la canne en action de pêche.

Le PME correspond au poids du sachet additionné à celui du moulinet et le PTE correspond à la somme du poids de la canne et du PME.

Note « confort de pêche » :

Elle est basée sur le PTE. Chaque canne se verra attribuer une note sur 10. Cette note est basée sur l’écart entre le PTE mesuré et un PTE optimal calculé à partir d’un modèle mathématique. Plus le PTE mesuré est proche du PTE optimal, meilleure sera la note. Plus le PTE mesuré est éloigné du PTE optimal, plus la note sera faible.

Romain Chetaneau, Ingénieur en aéronautique, nous décrit le modèle qu’il a mis au point pour Truites & Cie :

« La modélisation mathématique a été permise par l’étude du jeu de données composé d’un ensemble de cannes définies par trois caractéristiques propres que sont la longueur, l’Intrinsic Power (IP) et le poids total à l’équilibre (PTE). Ce système à 3 dimensions, une par caractéristique, fait apparaître deux tendances d’évolutions du PTE suivant les augmentations de la longueur et de l’IP. Ces deux courbes d’évolutions, tracées en deux dimensions dans des plans orthogonaux, permettent de définir une surface tridimensionnelle. La surface ainsi générée donne une représentation « de l’évolution idéale » du PTE. Cette représentation est amenée à évoluer et à s’affiner à chaque fois qu’une nouvelle canne sera ajoutée au jeu de données, mais également en faisant évoluer la méthode de calcul et les hypothèses pour rechercher sans cesse la représentation la plus réaliste possible. »

protocole CCS

En plus de ces indicateurs « calculés », nous fournirons des indicateurs simples tels que le poids réel de la canne, son nombre d’anneaux, le type de porte moulinet, la distance du premier anneau ou encore le nombre de brins.

Distance du premier anneau :

Mesurée à partir de l’extrémité de la poignée, la distance séparant la poignée du premier anneau influence grandement la formation d’un ventre dans la soie, notamment lorsqu’on pêche canne haute à la nymphe. Évidemment, plus cette distance est importante, plus la soie a tendance à redescendre dans les anneaux. Au contraire, une faible distance est beaucoup plus confortable en action de pêche car elle facilite la récupération de l’excédent de bannière, en nymphe au fil par exemple.

Design, composants, finition :

Le look (finition, type de déco), les composants (anneaux, porte moulinet, liège,…) et diverses caractéristiques (dimensions de la poignée, talon de combat) de chaque modèle seront décrits de façon concrète et objective. Une attention particulière sera accordée au porte moulinet : ceux dont l’écrou de serrage se situe au dessus du moulinet confère un meilleur équilibre à la canne une fois montée.

Les indices mis en avant sur Truite & Cie lors de leur comparatif

Pour chaque canne passée au banc de test de Truites & Cie, les résultats seront présentés sous forme d’un tableau contenant les données suivantes :

  • Marque
  • Modèle
  • Longueur annoncée
  • Longueur réelle
  • Nombre de brins
  • Nombre d’anneaux
  • Distance du premier anneau
  • Type de porte moulinet
  • Talon de combat
  • Dimensions de la poignée
  • Poids annoncé
  • Poids mesuré
  • PME : le Poids du Moulinet à l’Equilibre
  • PTE : le Poids Total à l’Equilibre
  • IP : la puissance mesurée, abréviation de Intrinsic Power, exprimée en nombre de Cents
  • ERN : l’Effective Rod Number
  • AA : Action Angle, l’action mesurée
  • CCF : la fréquence mesurée

Chez Native, nous nous efforçons d’apporter le plus d’informations possible sur chacune de nos cannes — parce que nous estimons qu’un pêcheur bien renseigné, c’est un pêcheur qui fait le bon choix. Ce protocole, nous nous en servons au quotidien pour évaluer aussi bien nos cannes toc-nymphe que nos cannes à mouche, et les mettre sur la même grille de lecture. C’est exactement pour cela que nous avons créé ce comparatif sur le site :

Cannes Toc-Nymphe

Vous y retrouverez toutes nos cannes mises côte à côte, avec les mêmes critères, les mêmes mots, les mêmes repères.

Nous en avons conscience, cet article est très théorique — peut-être même un peu rébarbatif par moments. Mais maintenant que les notions sont posées et que nous parlons tous le même langage, nous allons pouvoir revenir à du beaucoup plus concret dans les prochains articles : sensations, situations de pêche, choix du matériel selon la rivière, retours du terrain. Bref, tout ce qui fait qu’une canne devient vraiment la vôtre.

À très vite au bord de l’eau.


Pour en savoir plus sur le Common Cents System :

Le site officiel (en anglais) qui présente l’intégralité du protocole :

http://www.common-cents.info

Un article complémentaire du Dr William Hanneman :

http://www.sexyloops.co.uk/iB_html/uploads/post-13-97034-CommonCents_Oct07.doc

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NYMPHE AU TOC : LE CHOIX DE LA NYMPHE

Par Matthieu Vieilhescazes

En matière de pêche en nymphe au toc, les sources d’interrogations des pêcheurs habitués à pratiquer aux appâts naturels sont multiples. Outre les – nombreuses – questions relatives au montage de la ligne ou à l’acte de pêche lui-même, les problématiques sur les choix de nymphes reviennent en permanence sur la table. Les points clés ne sont à mon sens pas vraiment là où les pêcheurs ont instinctivement envie de les situer. Voici un petit tour d’horizon des aspects qui doivent à mon avis être considérés pour construire une boite de nymphes optimale.

C’est un fait, en 2026, les pêcheurs en dérive n’ont plus peur de remplacer leurs appâts naturels fétiches par des nymphes artificielles, et les rangs de ceux qui doutent encore de l’efficacité régulièrement supérieure des nymphes sur les appâts se réduisent peu à peu. Pour autant, comme dans toute chose nouvelle, il est intéressant de noter que des pêcheurs adoptent des idées qui paraissent instinctives au premier abord, mais qui peuvent s’avérer contre-productives en pratique.

Parmi ces points, la dimension imitative, le sens de présentation de la nymphe dans l’eau (sic) ou encore la dimension mystique autour de l’efficacité de certains modèles de nymphes sont autant de points sur lesquels il convient à mon sens de revenir à un peu de lucidité. Voici donc un tour d’horizon pour bien démarrer la saison de pêche à venir !

LES HAMEÇONS

Bien qu’il ne s’agisse pas de la nymphe à proprement parler, l’hameçon constitue le premier choix à faire pour construire (ou choisir) un modèle. Son rôle sera de supporter le corps de l’imitation par une forme et une longueur de hampe donnée, mais également de favoriser la tenue du poisson et sa mise à l’épuisette en limitant au maximum les taux de décrochages en cours de combat.

Concernant la forme, nous pouvons dans les grandes lignes en isoler trois communément utilisées :

Les hameçons droits : ils permettent la plupart des montages standard, en offrant une place relativement limitée sur la hampe pour les modèles qui offrent un bon ratio taille/ouverture.

Les hameçons caddis : la hampe est ici recourbée. Ils permettent de donner à l’imitation une forme elle-même courbée, qui peut correspondre dans les grandes lignes à la forme de certains invertébrés aquatiques.

Les hameçons droits jig : avec les mêmes propriétés que les hameçons droits, ils permettent à taille identique d’utiliser une plus grande longueur de hampe pour les montages dans lesquels le revêtement du corps est important, pour des raisons de signal ou de texture.

Dans mon utilisation, je privilégie l’emploi d’hameçons droits classiques pour le dressage de perdigones, dont le volume du corps se doit d’être peu important. Il s’agit de nymphes à silhouettes fines, que j’utilise principalement en tailles 14 à 18 et qui se doivent de percer facilement les couches d’eau. Le fait de minimiser la part du corps m’aide ici à obtenir au maximum l’effet mécanique recherché. En revanche, pour tous les corps texturés (nymphes ébouriffées, pheasant tails, combinaisons corps/thorax/tag, etc…), l’utilisation d’hameçons jigs permet une plus grande longueur de corps, dans laquelle chaque matériau trouve sa place. En ce qui concerne les hameçons caddis, j’en utilise pour quelques modèles particuliers sur lesquels je veux maximiser la portance de corps en dubbing raides, mais c’est une forme qui reste à la marge dans mes boites.

Dans tous les cas, deux aspects devront avant toute autre chose retenir votre attention dans le choix d’un hameçon : l’ouverture doit être importante afin de pénétrer de manière profonde, et la pointe de forme très légèrement rentrante devra être longue pour assurer l’ancrage pendant le combat. Ces deux points permettent de déchirer le moins possible les chairs sous l’effet de la pression pendant le combat, pour mener celui-ci à terme de manière heureuse.

LE « SENS » DE PRÉSENTATION

De nombreuses théories sont évoquées par les pêcheurs, indifféremment pratiquant au fil ou au toc, sur le sens de présentation de la nymphe, qui serait conditionné par la forme de l’hameçon et l’angle du point d’attache (droit Vs jig). Ainsi, les jigs favoriseraient une présentation pointe vers le haut, qui elle-même impliquerait une limitation significative du nombre d’accrochages.

En pratique, ce concept fonctionne parfaitement dans les livres, mais beaucoup moins dans la réalité subaquatique. Les nymphes sont véhiculées dans les turbulences du fond, au sein desquelles la rugosité implique des trajectoires de courants diverses, autant sur un plan vertical qu’horizontal. Il n’y a donc aucunement un sens de passage théorique de la nymphe, mais bien des angles variés en fonction des typologies de courants, de la portance du corps de la nymphe, de celle du bas de ligne, ou encore de l’angle de la ligne à un instant T au cours de la dérive.

Aussi, il est de mon point de vue strictement inutile de se torturer pour savoir, par exemple, de quel côté un sac alaire doit être posé, ou si un jig pêche la pointe en haut. A ce titre, les considérations relatives à l’hameçon jig évoquées plus haut représentent sans doute le summum de l’approximation chez des pêcheurs. L’idée de la pointe en haut qui limiterait les accrochages alors que ceux-ci sont dans leur écrasante majorité provoqués par un blocage des nymphes (ou des plombs en ce qui concerne la pêche aux appâts naturels) entre les galets est dénuée de tout sens. De la même manière, cette figuration mentale de la pointe en haut refrène l’utilisation de cette forme d’hameçon en potence. Là encore, les dizaines de milliers de poissons capturés chaque année sur des potences armées d’hameçons de forme jig ne laissent planer aucun doute : nul besoin d’introduire dans notre réflexion des considérations inutiles, alors qu’il existe tout un tas de réels sujets importants sur lesquels il est capital de recentrer nos réflexions pour gagner en efficacité canne en main.

LA DIVERSITÉ

Dès lors que l’on s’ouvre à l’infinité des possibilités qu’offrent le montage de nymphes, ou à la profusion de l’offre aujourd’hui disponible, l’envie peut être forte de partir dans tous les sens, et de se suréquiper pour palier tout manque potentiel. En pratique, il n’y a pas de nymphes miraculeuses, mais des imitations qui doivent être considérées comme des outils. Aussi, il est surtout pertinent de disposer des signaux dont on sait qu’ils pourront être efficaces, et de privilégier des séries, avec des déclinaisons de tailles et de poids qui offriront la possibilité de pêcher de manière juste dans toutes les veines de courant, et à toutes les saisons.

Lorsqu’on débute, en l’absence de pistes et de conseils, les trois principales couleurs de billes (or, argent et cuivre), déclinées avec et sans tags, constituent une base solide. Ensuite, les notions de revêtements entrent en jeu en fonction de saisons. C’est le premier pas vers une démarche d’affinage de ses sélections.

Ensuite, et uniquement dans un second temps, chaque modèle basique pourra être remplacé pour un modèle dont on s’apercevra qu’il apporte une plus-value notable. Par exemple, une simple pheasant tail sans tag et à bille argent se verra remplacée par un autre modèle, également sans tag et à bille argent, mais dont un matériau spécifique entrant dans la composition du corps apporte une touche qui fait mieux réagir les poissons.

C’est en procédant de cette manière, en partant d’une base simple et en faisant monter sa sélection en puissance par jeux de remplacements (et éventuellement quelques ajouts) qu’une boite à nymphe

fonctionnelle se construit. Ces ajustements peuvent bien évidement s’effectuer par de multiples manières : tests en pêche, échanges avec d’autres pêcheurs, prise de conseils auprès de pratiquants plus expérimentés, etc…

Plus la démarche sera rationnelle, et plus l’efficacité de la boîte à nymphes ainsi construite sera importante. La plus grande erreur est de multiplier les séries courtes et disparates, qui ouvrent la porte à trop de doutes et injectent trop d’inconnues dans la pêche pour parvenir à comprendre et isoler les signaux efficaces.

TERNE, MAIS…

En se concentrant sur les truites en particulier, les tonalités ternes (gris, beige, olive, marron, noir,…) constituent une base incontournable. A cette base viennent s’ajouter les signaux de la bille, des tags (les Globrite n°7 et UTC Fire Orange sont des classiques hyper efficaces) et des matériaux brillants, principalement constitués par des tinsels. Pour ces derniers, les tonalités or et peacock font elles aussi partie des grands classiques.

L’intensité de signaux peut être gérée lors du montage. Par exemple, pour une bille de couleur donnée, l’intensité de la brillance peut partiellement être cassée par un tag noir, très utilisé sur les perdigones, et bien plus utile dans la démarche d’atténuation du signal que dans une hypothétique représentation d’un sac alaire parfaitement abstrait. De la même manière, un tag d’une couleur donnée peut être réalisé en écharpe derrière la bille, auquel cas il sera massif, ou au contraire de manière minimaliste à l’arrière de la nymphe, voire encore plus furtivement sur l’œillet de l’hameçon. Dans les trois cas, l’intensité obtenue est différente et ne répond pas aux mêmes contextes d’utilisations. Enfin, un tinsel peut être intégralement vernis pour former une perdigone, ou au contraire servir à cercler une nymphe ébouriffée dans laquelle on verra le signal brillant se diluer. Le signal est le même, mais son intensité est très différente.

L’IMITATION : LE PIÉGEUR PIÉGÉ…

Voilà un point délicat. Il y a quelques années, la lecture d’une interview de Jean-Benoît Angely a suscité chez moi un agacement certain. Il y dénigrait (le mot est peut-être un peu fort, mais c’est ainsi que je l’ai ressenti à l’époque, le ton était toutefois courtois) la corporation des pêcheurs au toc en décrivant une démarche qui consiste à chercher à se procurer ou à réaliser des imitations réalistes, ou à minima censées représenter des invertébrés réellement présents dans la rivière. C’était selon lui (et ça l’est également selon moi !) une erreur monumentale. Je trouvais l’idée de mettre la majorité des pêcheurs en dérive dans le même panier un peu trop caricaturale. Aujourd’hui, avec une démocratisation encore plus grande de l’utilisation des nymphes par les pêcheurs au toc, je réalise que Jean-Benoît avait plutôt raison. Je ne sais pas s’il s’agit d’une majorité, mais je constate que la course aux imitations de porte-bois ou de patraques est belle et bien réelle chez un grand nombre de pêcheurs, sans qu’ils ne semblent se soucier du fait que ces imitations ne sont pas loin d’être les moins efficaces qui soient.

Une bonne nymphe, c’est une combinaison de signaux visuels (couleur, niveau de brillance, tags UV, taille et silhouette) et/ou vibratoires qui déclenchent des touches pour des raisons qui dépassent très amplement une simple duperie du poisson par ressemblance avec une proie connue. Toute recherche de réalisme entraîne automatiquement des choix de matériaux et de signaux qui répondent à la volonté d’imitation, en mettant de côté les vraies combinaisons de signaux déclencheurs qui constituent une bonne nymphe.

LES TAILLES ET SILHOUETTES : MATCH THE HATCH !

Pour ce qui concerne les tailles et les silhouettes, beaucoup de pêcheurs aux appâts ont du mal à accorder le crédit qu’elles méritent aux petites imitations et aux silhouettes fines.

L’utilisation d’hameçons de 10 et de silhouettes ébouriffées en début de saison ne pose de problème à personne, et tout le monde intègre parfaitement l’idée que le volume des nymphes doit être réduit au fur et à mesure que la saison avance, que les eaux se réchauffent et que les débits s’amoindrissent. En revanche, un cap psychologique qui se situerait autour des hameçons de 16 semble compliqué à franchir pour encore un bon nombre de pratiquants, et peu nombreux sont ceux qui utilisent des hameçons de 18 coiffés de billes de 2mm pour les pêches en dérive. Or à mon sens, il s’agit d’une des clés des pêches d’étiage sur des poissons un peu pénibles à prendre, y compris (et peut être surtout !) en grande rivière, et y compris dans des lames puissantes. Dans ce cas, le couple de nymphes utilisé sera dépareillé, la plus lourde assumant quasi dans son intégralité le rôle du lestage, en faisant pêcher la micro-imitation qui lui est associée. Il est acquis que les micro proies font partie intégrante du régime alimentaire des poissons, et s’il est un unique point sur lequel il est d’une importance capitale de faire correspondre les nymphes aux proies du moment, c’est bien le volume ! Aussi, il ne faut en aucun cas hésiter à descendre en taille, et bien garder à l’esprit qu’aussi petite que puisse être votre imitation, elle sera détectée (et peut-être prise !) sans la moindre la difficulté par les truites.

EN RÉSUMÉ

Pour démarrer cette nouvelle saison pleine de promesses, mes conseils se résument donc aux points suivants : soignez vos choix d’hameçons, c’est eux qui permettent l’aboutissement de vos captures, et perdre une part significative des prises – voire un gros poisson – en cours de route n’est agréable pour personne. Effectuez ces choix en fonction de caractéristiques mécaniques précises plutôt qu’en fonction de propriétés supposées qui relèvent du fantasme, et construisez vos boites sur des bases simples, avec des billes de couleurs classiques, des bases de corps ternes, et l’ajout de signaux efficaces. C’est sur ces bases là que l’on peut raisonner pour construire les logiques qui au fil du temps nous deviennent propres. De la même manière, évitez les imitations trop attrayantes visuellement pour préférer des vraies combinaisons de signaux efficaces. Enfin, n’hésitez pas à vous projeter dans la suite de la saison en prévoyant de petites imitations. Pour peu que vous ayez la foi de bien vouloir leur donner une chance en les nouant à votre bas de ligne, les truites vous le rendront au centuple !

Source Truite et Cie le 23/02/2021

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